31 Juillet - La Tour du Pin - New York

Publié le

Le départ est proche et nous abandonnons successivement nos animaux aux multiples noms. Je ne sais pas si c’est une particularité familiale, mais nos bêtes à poils ont tous plusieurs patronymes. Djebel des Roches, l’équin du lot, est très rarement appelé ainsi, on utilise en général: “Toto”. Aucun rapport me direz vous, mais vous aurez tort car il s’agit du diminutif de “Petit Tonnerre”, son principal surnom. Dans certaines circonstances particulières, lors de sequences stressantes de type “Bon sang, ce tas de feuilles n’était pas là hier !” (ça le met dans tous ses états), on le nomme Britney. Cette appellation, façonnée par Margot, fait référence à son déhanché d’encolure évoquant, d’après elle, celui, pourtant anatomiquement situé plus bas, de Britney Spears. Toto, Djeb, Djebel, Britney ne sont ainsi qu’un seul et même gros être peureux. Grillotte, notre minette, a moins de noms, mais chachat, la grosse ou le chac-à-puce la désigne également. De toute façon, on ne l’appelle pas, c’est elle qui ordonne d’un simple regard noir appuyé. Quand à Calcifer, le lagomorphe, soyons franc, personne ne l’appelle ainsi. C’est souvent PanPan, en référence à un vieux dessin animé car il tape pareillement du pied lorsqu’il souhaite nous avertir d’un terrible danger imminent, tel un moineau en approche ou Grillotte qui vient de le calculer (elle l’ignorera de manière hautaine quelques secondes plus tard). On l’appelle aussi régulièrement Rantanplan, eu égard à son intelligence rare. Et je veux ainsi signifier que ce n’est pas une intelligence d’un niveau tellement élevé qu’on le rencontre rarement, mais plutôt d’une intelligence qui se fait rare. Elle va et vient mais ne se pose que rarement entre ses deux oreilles rabattues. Nos grenouilles n’ont pas vraiment de noms. Trop nombreuses, bruyantes et assez peu interactives, elle n’ont pas encore accédé à cette promotion. Au contraire du héron, pourtant en AirBnB sporadique, que l’on nomme Léon et non pas Tapon. En ce jour de départ donc, quel que soit leur statut, nous les abandonnons tous, et c’est un crève cœur: Dejb aux écuries, PanPan chez une famille d’accueil, et Grillotte avec un monticule de croquettes (elle ne devrait pas s’apercevoir de notre absence).

Pendant le trajet en voiture, nous débattons des exploits respectif de Grenoble et New-York, laquelle a le plus gros taux de morts par armes à feu ? Une fois garé, nous débarquons à l’aéroport pour embarquer. Lors de la pesée, nous comparons les poids de nos bagages respectifs à grand renfort de moquerie. Clémentine gagne haut la main mais se justifie: “j’ai pris le strict maximum”. Première étape : Heathrow (Londres).

La traversée de l’atlantique est longue et turbulente. Nous passons un moment au dessus de Galway et j’aperçois un rouquin descendant une Guinness pile à la moitié du G. Nous sommes dispersés aux 4 coins de l’appareil (qui, en réalité n’a pas réellement de coins). Les cahots et vibrations sont soulignés par un bruit lancinant, mes deux voisins de gauche et de droite débordent de leur siège. Je m’enferme donc dans de la musique et un livre, prêt à philosopher sur la vie l’univers et le reste, puis m’endors bientôt. Bercé par la musique planante de “Wish you were here” dans mes écouteurs, je me mets doucement à flotter. Lentement, dans la semi obscurité de l’habitacle, ma ceinture de sécurité détachée, je décolle. A cette altitude, mon regard peut maintenant passer au dessus des passagers, statiques, et j’aperçois au loin les filles, l’une dormant, l’autre le visage légèrement éclairé par une vidéo, puis, de l’autre côté, Celia, lisant. Je décide de nager tranquillement vers elles en passant au dessus des sièges de la rangée centrale. Le trajet est étrangement long, la guitare dans mes oreilles s’étire alors que je n’ai franchi que quelques centimètres. Personne ne semble me remarquer, ce qui me rassure. Effleurant les tiroirs à bagages, j’avance résolument, le courant éthéré me masse doucement des épaules au mollets. Plus loin, j’aperçois Margot qui s’esclaffe au téléphone. Un chaton passe sur ses épaules. Elle ne m’a pas encore vu alors je me dirige vers elle pour la surprendre, le cœur légèrement plus rapide, plein d’espoir de lui faire une petite peur. Mais ce courant est bien pénible, il me repousse constamment de coté. Je décide de me propulser plus vigoureusement, quand l’autre clown s’interpose. Sa grosse face orange, sa casquette rouge MAGA vissée sur son crâne, il me barre le passage en déblatérant. Le coin inférieur de la mâchoire se soulevant régulièrement d’un seul côté, il professe, parfois les yeux presque clos, dans un flux ininterrompu de bouillie verbale d’où je reconnais des tariff exorbitants et des auto-satisfécits radotés en boucle. Ce couillon me bouche la vue, m’empêche d’avancer et j’entraperçois Margot qui raccroche et prend son vélo pour aller travailler. Le flot de parole nasillardes me saoule, les gesticulations brouillent mes perceptions. Ah, elle s’engage dans les rue de New York, c’est trop tard, je la perds de vue, il va falloir partir à sa poursuite maintenant.

Atterrissage smooth, vers 17h heure locale, douane éclair, train penard puis métro tranquille. La circulation dans les rues de New York s’avère à base de (grosses) voitures hybrides, électriques ou en tout cas peu bruyantes, les livreurs ne sont plus en scooter ni moto mais en vélo électrique silencieux. Y’a pas à dire, ils se sont ramollis les ricains. Où sont passés les cow boys qui nous faisaient les gros yeux à la douane ? Les gangsters rappeurs au volant d’énormes trucks pétaradants ?

La sortie du métro est magique, on sort de terre et on se retrouve instantanément dans un film Américain, entouré de grands immeubles bruns, circulation, piétons. On retrouve Jade dans la rue ! Elle a fait le trajet de Rochester et nous guide pour les derniers mètres menant à l’hôtel, 36 étages mais nous ne sommes de manière décevante qu’au 5ieme.

Time Square pulse d’écrans mammouth, immenses, tellement lumineux qu’il faut des lunettes de protection pour éclipse. Chacun diffuse sans aucune synchro ni temporelle ni de couleurs, des publicités disparates vêtant les mérites respectifs d’hamburgers, de crèmes de visages, d’avocats pour défendre vos droits en cas d’atteinte physique ou encore de bouteille d’eau « ionisée » à pH élevé. On a du mal à marcher car on a tous le nez en l’air. Au milieu de se déluge de lumière, on trouve tout de même des lampadaires diffusant une pâle lumière jaunâtre, qui ont à peu prêt la même utilité que le H de Hawaii.

On se rentre vers 4:40 du matin heure française, c’est tôt ici mais on aura comblé une bonne partie du décalage horaire.

 

(Note: toutes les photos sont visibles sur ce lien)

Commentaires